Offline de moi-même : mon intimité retrouvée

PSYCHOLOGIE

Sara Markowicz

4/13/20264 min temps de lecture

Je me revois, à toujours garder mon téléphone à la main, partout où j’allais, réflechissant déjà aux photos que j’allais faire pour les partager sur les réseaux.

Lorsque je choisissais un café, un resto, j’espérais qu’ils allaient avoir un beau décor et de beaux plats, afin de pouvoir faire une super photo. J’avais un côté assez superficiel pour me demander si la personne qui m’accompagnait allait bien passer sur la photo, afin que mes contacts voient que j’étais avec des gens “cool” et “présentables”.

C’est comme ça que j’ai vécu durant plusieurs années : j’avais un besoin presque constant de partager la moindre chose que je vivais.

Pourquoi ? Parce que quand je voyais ce que partageaient la plupart de mes contacts, je sentais que ma vie était bien nulle à côté. Je ne faisais pas les voyages qu’ils faisaient, je n’avais pas autant de moyens financiers, des copines aussi stylées et drôles, et des parents aussi cool qui les encourageaient dans tous leurs projets. Enfin ça, c’est ce que je m’imaginais de leur vie en voyant leurs photos, même si je ne les côtoyais plus depuis des années.

C’était ces amies Insta que je gardais par curiosité, et surtout par nostalgie de ma période collège-lycée. Je ne voulais pas laisser cette partie de ma vie partir de mon feed, pour sentir que j’étais toujours un peu là bas, dans cette ambiance scolaire.

Lorsque je partageais, ça ne venait pas d’un moi apaisé

Je partageais par vanité, par égo pur, simplement par peur d’être oubliée. Je voulais que tous les gens que j’avais connus, se disent que j’évoluais bien, que j’étais belle, que j’étais chouette.
Je n’avais pas une bonne estime, ni une bonne image de moi-même. C’était le début de la vingtaine.

Trop peur d’être oubliée.

C’est vers mes 23 ans que j’ai commencé à supprimer tous mes réseaux sociaux personnels.

Je passais trop d’heures à regarder la vie des autres.

Je passais trop de minutes de ma journée à réfléchir à quelle photo j’allais prendre.

Je passais trop de temps à m’habiller pour être instagramable.

Trop de temps à me sentir triste et déprimée car je me comparais sans cesse aux autres.

La première fois que j’ai tout supprimé, j’ai eu super peur ; j’ai ressenti un grand vide, et une immense solitude. Car toutes ces connexions étaient purement virtuelles : je ne parlais plus à la plupart de ces gens depuis déjà quelques années ; et je n’avais pas été proche de la plupart d’entre eux.
Je me sentais si seule.

Mais au bout de plusieurs semaines, je me suis rendue compte que j’avais véritablement besoin de cela pour avancer.

Entre temps, j’ai recrée une ou deux fois des comptes perso, et j’ai ajouté à nouveau tous mes anciens contacts (qui se demandais ce que je fichais). Puis j’ai tout arrêté, définitivement.

Je ne voulais plus être prisonnière d’une plateforme en ligne pour me sentir bien. Je voulais récupérer cette part de mon énergie, qui était coincée dans le net.

Chaque fois que je postais un contenu, je me sentais emprisonnée ; comme si j’y avais laissé une partie de mon âme (je sentais vraiment ça physiquement).

Et c’est mon contenu en Naturo qui m’a, on va dire, sauvée de ça.

Parce que pour la première fois de ma vie, je partageais non plus pour moi, par ego pur, mais pour aider les autres avec une vraie valeur ajoutée que je pouvais apporter.

Pour la première fois, j’avais arrêté de faire des photos par vanité, mais je me demandais “Quelle mise en scène pourrais je faire pour ce contenu, pour que cela intéresse mon publique et lui donne envie de changer positivement sa vie ?”

Et petit à petit, je me suis sentie LIBEREE.

Cela fait maintenant plusieurs années que je partage du contenu dans un vrai but : aider avec ce que je sais faire.

J’aime encore parfois montrer certains moments de ma vie, mais toujours en pensant à mon audience. Si cela ne sert vraiment à rien, je ne le fais pas.
Et mon dieu, que ça fait du bien.
Ma vie n’est pas si incroyable que ça, à chaque instant. Elle est normale, malgré le fait que j’ai une routine et une hygiène de vie bien différente de beaucoup de personnes.
Mais alors, je ne partage que ce qui pourra être utile.

En écrivant ces lignes, je pense à toutes ces influenceuses qui partagent leur vie H24. Les moments les plus intimes, comme leur grossesse, la naissance de leur enfant, leurs maladies, les moments où elles sont au plus bas. Elles ne se protègent pas et s’exposent à de violentes critiques en permanence. Et cela les enferme dans un ego qui n’est pas du tout sain pour elles.

C’est là que j’ai appris ce que c’était vraiment l’intimité. Ce n’était pas juste cacher mes parties intimes aux autres, mais aussi préserver mon jardin secret intérieur. Pas tout le monde a besoin (ni forcément envie) de savoir tout ce que je fais.

Je sais qu’il y a des choses que je peux faire ou penser qui vont recevoir des critiques virulentes. On fait toutes des choses qui pourraient susciter l’indignation de certaines personnes, parce qu’on n’a pas toutes la même manière de voir la vie et de la vivre.

Alors parfois, mieux vaut se protéger, si les gens n’ont pas besoin de le savoir. Si cela ne va pas leur transformer leur vie positivement.

Si vous parcourez mon compte Insta, vous verrez qu’au fur et à mesure du temps, je poste de moins en moins de photos de moi. J’ai remplacé ça par des textes, des carroussels informatifs, où je partage mes expériences et mes connaissances.

Je ne vis plus ma vie pour la poster mais simplement pour qu’elle soit alignée avec qui je suis et surtout, qui j’ai envie d’être.

Est ce que vous avez déjà senti que vous aviez trop partagé de vous-mêmes ?

Peut-être qu’aujourd’hui, vous avez au fond, aussi envie de poser ce téléphone.

De retrouver votre jardin secret. De vous libérer de cette pression de partager pour prouver votre valeur et votre existence aux yeux des autres.