La peur d’exprimer mes opinions – parce qu’elles dérangent beaucoup de gens

Année 2020

Après 3 années d’études en naturopathie, j’ouvre mes premiers comptes pro sur Youtube et Instagram. Et j’y vais : Je parle de mes expériences, de mes convictions, de comment j’ai guéri des problèmes de santé qui ne trouvaient pas de solutions avec la médecine moderne.

Des gens commencent à venir sur mes comptes ; certains qui me remercient pour mes contenus, certain.e.s qui prennent une consultation, et d’autres, qui me traitent de complotiste, de charlatan, d’une jeune fille écervelée qui dit n’importe quoi.

A ce moment, j’avais 22 ans, et je m’en fichais un peu des commentaires “négatifs”. Parce que la plupart étaient des insultes, des gens qui écrivaient n’importe comment, et n’avaient rien d’intéressant à ajouter.

Je n’avais pas trop peur de me tromper non plus. Parce que j’avais vu de bons exemples autour de moi, de créateurs de contenu, qui affirmaient certaines choses, et quelques temps après, disaient ouvertement à leur communauté qu’ils avaient changé d’avis après plus d’expériences. Et ça ne voulait pas toujours dire qu’ils avaient trouvé la vérité, mais qu’ils estimaient avoir été trop radical parfois dans leurs anciens propos.

Je me souviens de ce gars qui jeunait presque tout le temps, qui faisait des sessions de breathwork au moins deux heures par jour et qui buvait son urine comme une panacée. Il avait une telle passion dans ce qu’il disait, que je buvais ses paroles (et pas son urine). Il y avait du bon sens dans certaines choses, et pour d’autres, je me disais que ce n’était pas tenable sur du long terme.

Et puis un jour, il fait une annonce qui a choqué toute sa communauté :

“Je ne suis plus vegan. Au cours des derniers mois, j’ai compris certaines choses sur mon corps et sur ses capacités à supporter mon mode de vie. Je bois du lait de chèvre et je remange un peu de produits animaux depuis quelques temps. Mes muscles ont enfin vraiment commencé à se développer. Moi qui pensais pouvoir faire tout cela simplement avec la respiration, je me suis trompé. Je ne suis pas désolé car je sais que je faisais au mieux avec ce que je pensais etre bien, mais je ne serais pas honnete de ne pas vous dire la vérité. Alors je vais changer complètement ce compte. Je vais supprimer mes anciennes publications.
Vous avez le droit de partir. Mais pour ceux qui veulent voir mon évolution et continuer d’apprendre avec moi, merci d’etre là”

J’avoue que, sur le moment, je me suis désabonnée. Je ne comprenais pas comment il avait pu croire aussi longtemps à tout ce qu’il disait pour ensuite faire un virage aussi fort.
Puis j’ai réfléchi, et j’ai finalement continué à le suivre quelque temps. Il m’avait impressionnée de par son honnêteté.

Alors, qu’est ce qui m’a conduite moi, à littéralement perdre ma vraie voix et ce qui faisait que mon contenu intéressait vraiment les gens ?

La peur des backlash. Surtout de mes proches. Parce qu’ils ne comprenaient pas tout ce qui se passait dans ma vie. J’avais beaucoup changé en quelque temps, et toute mon hygiène de vie avait basculé.

A l’époque, je mangeais végétalien et cru. C’est à dire presque uniquement des fruits et des légumes, tofu, jus de légumes.

Je faisais TOUS mes produits de beauté maison. Je lavais tout au savon de Marseille. J’étais à fond dans un mode de vie plus sain, en ayant compris à quel point notre monde était pollué de perturbateurs endocriniens et de poisons de toutes sortes.

Certains de mes amis me disaient que j’étais trop dans un extrême, qu’on ne pouvait pas bien vivre comme ça, qu’eux, ne pourraient jamais faire comme moi.

Je les mettais mal à l’aise face à leur propre style de vie: J’avais arrêté de fumer, de boire (ceux qui m’avaient fait les remarques fumaient et buvaient régulièrement), je ne mangeais plus aucun produit de grande surface, on préparait tout à la maison. Et je me sentais super bien dans mon corps.

Je le voyais sur moi : ma peau, mes cheveux, n’avaient jamais été aussi bien.

Le jour où j’ai remangé des merguez

Mais voilà… Je commençais doucement à me sentir plus faible. Je gonflais, sans comprendre pourquoi. Et c’est là qu’entre en jeu mon cousin. Lui qui pratique l’Ayurveda depuis plus de 40 ans et qui a un paquet d’expérience, me dit un jour : “Sara, regarde ton visage comme il est pale. Tu n’as pas une santé au top. Si tu continues à manger Végé ET cru, tu vas perdre ton énergie de plus en plus”.

Le lendemain, il me posa un plat de merguez sur la table avec un sourire.

“C’est du sanglier. Sauvage. Il vivait dans le coin. On l’a tué il y a deux jours. Il a bien vécu. Tu ne pourras jamais trouver une aussi bonne qualité que celle ci, meme en magasin bio”.

Tout mon corps se réveillait. Je salivais. J’ai d’abord eu envie de pleurer car j’avais cette idéologie très forte que “manger de la viande, c’était manger un cadavre et rien de plus”. Mais j’ai décidé de faire confiance à mon corps. Et j’ai tout mangé.

Dès le lendemain, je sentais que mon corps reprenait vie.

Et je pense que c’est à ce moment que quelque chose s’est fissuré dans ma tete et dans ma confiance en moi.

Comment pouvais je encore parler de mes convictions aussi ouvertement après avoir construit une communauté autour du fait que je mangeais végé ET cru ? Comment ne pas totalement perdre leur confiance ?

J’ai essayé de le faire. Une fille avec qui j’avais eu de très bons contacts m’a bloquée. Elle m’a simplement dit : “Comment peux tu conseiller de l’huile de poisson alors que tu manges végé ??”. Et ça m’a mis un autre coup.

J’étais dépitée. Alors petit à petit, je me suis réfugiée dans des discours très lisses, qui parlaient à presque tout le monde. Je n’avais plus de haters, plus de commentaires énervés, plus de gens qui me disaient que j’étais complotiste. Et je pensais que c’était positif. Mais pas du tout.

Entre 2021 et 2026, j’ai publié beaucoup de contenus lisses. Beaucoup d’informations très scientifiques, toujours validées par des recherches. Il ne fallait surtout pas que je sorte de là, jamais. En plus de cela, ayant deux amies médecins, ainsi que des personnes très terre à terre dans mon entourage, j’avais peur de parler de certaines choses qui pourraient nous mettre en conflit.

Alors je me suis tue sur plein de sujets qui pourtant, me tiennent toujours autant à coeur aujourd’hui.

Une nouvelle confrontation en 2026

En mai 2026, je réessaie. Je parle de mon avis et de mon expérience avec la crème solaire. Comment je n’en mets plus depuis dix ans. Comment les gens faisaient avant. Comment et pourquoi les cancers de la peau ont explosé ces dernières décennies (alors que certains se tartinent de crème tous les jours). Comment l’acidification du corps augmente les coups de soleil.

Et là BAM, une copine m’envoie un message. Elle me dit que j’ai des propos dangereux et qu’on dirait une femme d’extreme droite votant pour Trump. Qu’elle, sans crème, elle crame, et que je dis n’importe quoi. Elle était vénère dans son message.
Pourtant, je n’ai pas dit que toutes les crèmes solaires étaient mauvaises. Je n’ai pas dit qu’il ne fallait JAMAIS en mettre.
Mais comme beaucoup de gens le font aujourd’hui : ils ne lisent que le titre, jugent et s’agacent. Sans nuancer.

Après cela, je me suis dit : mince, qu’est ce que je fais ?

Et puis j’ai laissé cette question en suspens. Je n’osais plus. Je n’avais plus envie d’avoir de confrontation parce que j’ouvrais ma bouche. Parce que j’écrivais ce que je pensais vraiment. Et pas seulement ce que je pensais, mais ce que j’avais vécu. Ce que mes clientes avaient vécu.

Quand les profs de religion me mettaient dehors

Quand j’étais petite, j’ai appris à fermer ma bouche pour ne pas déranger. On m’a très tôt appris à l’école, que mes opinions dérangeaient. J’étais dans un enseignement religieux et j’allais souvent à contre courant de ce que les profs de religion disaient. J’étais révoltée par un racisme affiché et la petitesse d’esprit à laquelle ils avaient recours. On nous bourrait la tête de propagande. Et j’étais l’élément dérangeant de la classe car je ne gobais pas tout cela.

A force de me faire mettre dehors, qu’on me punisse, qu’on me dise que je ne soutenais pas “mon peuple”, j’ai fini par me dire que c’était un défaut de vouloir autant de justice dans ce monde et que je devais me la fermer.

Alors voilà, entre 2021 et 2026, je suis retombée dans un certain moule. Et je me pensais plus sage comme ça. Je me disais que j’avais bien évolué, que c’était mieux.

La chose positive que je peux retenir, c’est qu’il faut savoir bien s’exprimer. Il faut faire des recherches, confronter ses croyances. Ne pas dire tout ce qui nous passe par la tête à tout bout de champ.

Mais il faut également savoir parler. Combien de personnes ont été moquées alors qu’elles disaient des vérités que personne ne voulait entendre ?

Au XIXème siècle, un médecin obstétricien, Ignace Philippe Semmelweis, avait démontré qu’en se lavant les mains avant une opération, on pouvait réduire drastiquement le risque de mortalité par fièvre des femmes qui venaient d’accoucher. Sa théorie a été moquée avant d’etre finalement reconnue et acceptée de tous.

Des exemples comme le sien, il y en a plein.

Je voulais sauver mes proches

En 2020, je parle beaucoup à mes proches. Je leur parle de l’importance de manger bio pour éviter les pesticides qui sont dangereux pour la santé, de repenser à leur moyen de contraception, de bien se questionner avant de faire le fameux vax avec toute la peur qu’ils assènent aux infos, de se demander pourquoi ils tombent aussi souvent malades…

Et puis on m’envoie beaucoup balader.

“Si les pesticides étaient dangereux, ils n’en mettraient pas dans les légumes”

“Manger bio, c’est pour les bobos. L’écologie aussi”

“Tu ne vas pas te faire vax pour le virus ? Eh bien je ne veux plus te voir pendant un moment.”

“Oh ça va, pas besoin de savon de Marseille pour faire la vaisselle, j’ai acheté la marque Arbre Vert, elle est bioooo”…

Au bout d’un moment, je me sentais devenir chèvre et j’ai TOUT laissé tomber. J’ai commencé à croire que tout ce que je faisais, ne servait à rien. Que peut être j’étais un peu frappée, et que j’en faisais trop. Que je remettais trop tout en question.

Mais absolument toutes ces convictions se sont avérées avoir du sens. Plus les années passaient, plus des études sortaient sur tous ces sujets, plus mes proches ont commencé à se tourner vers moi pour me demander conseil. J’ai même brièvement accompagné mon père pour qu’il évite les piqures d’insuline face à un pré-diabète.

Le nouveau déclic

Il y a cinq jours de cela, j’ai eu un VRAI déclic profond. Je suivais un compte d’un gars, très très sûr de ses convictions. Il mange sainement, il fait du sport, il vit une vie très naturelle, et dit ouvertement ce qu’il pense. Evidement qu’il s’en prend plein la tronche MAIS sa communauté est tellement soudée ! Il a aidé des milliers de personnes à transformer leur vie grâce à ses conseils.

J’ai acheté son livre. Je l’ai dévoré. Il dit les choses comme il les pense ; il ne fait pas de détour. Les tampons pour femmes ? Toxique. Mettez des culottes menstruelles.

Les produits de grandes surfaces ? Passez votre chemin.

La cigarette et l’alcool ? Ca voue tue ; il n’y a rien de fun dedans.

La plupart des crèmes solaires ? Pleines de produits toxiques qui passent sous la peau et se retrouvent dans les organes. Exposez vous de manière intelligente. Le soleil n’est pas votre ennemi.

J’avais l’impression de respirer à nouveau, et de me retrouver petit à petit.

Pas seulement parce qu’il disait des choses qui me parlaient, mais de par ses convictions.

Finalement, toutes les personnes qui m’inspirent, ne sont presque jamais des personnes lisses. Elles ont parfois des convitions qui dérangent, car elles remettent en question notre système, ainsi que des croyances que nous trainons depuis l’enfance.

Mais les croyances sont faites pour être challengées ; la science aussi. Ca évolue toujours.

Une idée est toujours moquée, rejetée, puis parfois, si elle s’avère être vraie, acceptée par le grand public.

A Londres, en 1854, les gens pensaient que le choléra se transmettait par l’air. John Snow (je vous jure, ce n’est pas le même que dans Game of Thrones), médecin, soutenait que cette maladie se propageait par l’eau contaminée. Sa théorie a été rejetée de son vivant. Elle a été reconnue lorsque la théorie des germes s’est imposée.

Les meilleures consultations étaient celles où je disais les choses franchement, comme je les pensais, comme je les avais expérimentées.

C’est pour ces raisons que les jeunes filles / femmes avec qui je travaillais avaient des résultats beaucoup plus rapides ; je ne tournais pas autour du pot, je ne les faisais pas attendre plusieurs semaines pour leur donner certaines informations. Elles y allaient parfois à fond, en mettant en place plusieurs changements, et, contentes de voir aussi rapidement des résultats, étaient davantage motivées pour continuer.

Il était plus facile de mettre ses opinions en avant ouvertement dans un livre que sur internet. Nous sommes à une ère où nous sommes exposées, tout le temps. Les gens peuvent commenter, les plateformes peuvent retirer nos contenus… Tout va beaucoup plus vite.

Il y a quelques jours, je demandais à Claude une info sur l’argile. Il m’a répondu beaucoup de bêtises. Heureusement que nous avons d’autres moyens d’apprendre qu’avec une IA.
Il ne faut pas oublier qu’une personne qui a l’experience, est parfois plus a même de vous conseiller qu’une experte en la matière, qui n’a jamais vraiment rien experimenté sur son propre corps.

La connaissance est importante ; l’expérience va plus loin.